B-carême 3
Homélie N-D d'espérance, du 15 mars 2015. par Jacques B
Devenir la joie de son prochain
Intro avant la première
lecture:
Quelques fois, un événement tragique, incompréhensible au moment même, peut
devenir, après coup, la source d’un enrichissement spirituel inestimable. C’est
ce que la première lecture va nous décrire.
Nous ici en occident,
nous tremblons à l'idée que notre civilisation européenne soit progressivement
dissoute par l’abandon des valeurs chrétiennes ou l'influence d’autres
traditions, voire d’autres religions comme l'islam par exemple.
Et bien le peuple d’Israël a vécu cette expérience. En 598 av J-C, le terrible
roi babylonien Nabuchodonosor veut détruire une fois pour toutes les derniers
royaumes indépendants de l'ouest de son empire, et en 586 la ville de Jérusalem
fut détruite et sa population déportée à Babylone.
Mais, alors que
l’histoire du peuple saint semblait définitivement conclue, un nouveau roi de
l’Empire perse qui s’appelle Cyrus va, contre toute attente, libérer les
peuples vaincus et permettre aux juifs de revenir et de reconstruire Jérusalem.
Nous verrons en quoi cet
événement fut la source d’une découverte majeure de la foi juive, et donc de
notre foi chrétienne.
Homélie :
Lorsque le peuple juif
apprend que le roi Cyrus les autorise à rentrer à Jérusalem et à reconstruire
leur nation, il découvre que leur Dieu, leur seul et unique Dieu, n’est pas le
leur. Que le Dieu unique est le seul Dieu pour toute l’humanité.
Et donc, que la dimension
pleinement universelle de la foi monothéiste n'apparaît que suite à la
relecture de cette destruction, déportation et finalement retour à Jérusalem.
Si le roi Cyrus, ce païen, a pu être le serviteur du Dieu d’Israël, alors le
Dieu d’Israël est le Dieu unique de toutes les nations. Alors il n’y a qu’un
seul Dieu pour toute l’humanité !
Il a donc fallu, cet
événement tragique, pour que la foi juive devienne porteuse d’une révélation
universelle.
Ce caractère universel de
la foi juive va encore prendre une nouvelle dimension par l’enseignement de
Jésus, qui apparaît clairement dans le magnifique évangile de ce jour qui
commence comme suit :
De
même que le serpent de bronze fut
élevé par Moïse dans le désert,
ainsi
faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
afin
qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.
Nous
nous souvenons que lors du retour d’Égypte, le peuple doutant des promesses de Dieu
finit par se décourager. Ils marchaient la tête basse, les yeux tournés vers la
terre, angoissés par les morsures de serpents. Et Dieu demanda à Moïse de
sculpter un serpent de bronze élevé sur un bâton. Quiconque lèvera les yeux
vers ce caducée sera sauvé du venin des morsures de serpents, et dès lors le
peuple reprendra confiance, et finira par trouver le pays que Dieu leur avait donné.
De la
même façon, l’image de Jésus, élevé sur le bois de la croix devient pour nous
chrétiens une source de salut, car il nous rappelle jusqu'où le Seigneur nous a
aimés, la croix est le signe, l’espérance et l'étendard de notre foi.
Car,
poursuit l’évangile, Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils
unique,
Alors
que l’homme se désolidarise de son semblable, on se souvient de cette célèbre
question de Caïn dans le livre de la genèse “suis-je le gardien de mon frère?”.
Dieu,
lui, choisit de venir partager, et même de venir communier à notre condition
humaine. Dieu choisit de se rendre solidaire de chacun et chacune, de vivre
avec nous tous les aléas de notre vie quotidienne : nos victoires, mais aussi
nos défaites.
Et quel
que soit notre dignité pour bénéficier d’un tel don, Il ne laissera personne
sur le bord du chemin, il ne se détournera jamais de qui que ce soit. Et cette
action de Dieu n’est justifiée que par l’amour. Et pour prouver son amour, il
se donne à travers son fils, comme autrefois Abraham avait accepté de donner le
sien.
L’évangile poursuit :
afin que
quiconque croit en lui ne se perde pas,
mais
obtienne la vie éternelle.
Car le
mouvement initial de notre foi, le premier élan c’est l’annonce de la
Résurrection. Cette Résurrection que nous allons célébrer bientôt à Pâques de
façon solennelle, ce n’est pas un bien propre que Dieu s’est réservé, au
contraire, Dieu nous a créés pour la vie, et pour la vie en surabondance.
Croire en la Résurrection, c’est se libérer de l’esclavage de la mort et du
péché. Croire en la Résurrection, c’est donner sens à notre existence, car
notre cœur aspire à une vie qui ne se limite pas aux contraintes de notre
existence terrestre.
Et pour conclure, une dernière phrase de l’évangile :
Car Dieu
a envoyé son Fils dans le monde,
non pas
pour juger le monde,
mais
pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Le voilà
le secret de l’intention de Dieu, la voilà la bonne nouvelle que nous pouvons
répandre autour de nous : Dieu ne veut pas nous juger, nous imposer des
contraintes morales inhumaines, il veut nous sauver, nous faire inlassablement
grandir dans ce qui est pour nous le plus important; apprendre à nous aimer
-toujours davantage- les uns les autres.
Vouloir
nous sauver plutôt que nous juger, c’est l’immense différence d’attitude de
quelqu’un qui aime. Celui qui nous aime ne nous juge pas, il nous aide. Celui
qui nous aime ne perd jamais espoir en nous, sans cesse il voudra nous relever.
Celui qui aime ne regarde pas à se protéger lui-même, il n’est même pas
regardant à sa propre vie ; “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa
vie pour ceux qu’on aime” et Dieu aime infiniment toute l’humanité sans
exception.
Pour nous
qui prenons conscience d’un tel acte d’amour, comment ne pas lui rendre grâce ?
Comment pourrions-nous
ne pas être profondément touchés par ce Dieu qui est prêt à renoncer à ses
privilèges, à son pouvoir pour nous offrir de devenir son fils, sa fille
bien-aimée ?
Ce
dimanche du milieu de notre carême est traditionnellement celui où nous
célébrons la joie, mais de quelle joie parlons-nous ? Nous parlons d’abord de
la joie de Dieu qu’il trouve en son fils Jésus, et à travers lui, la joie que
Dieu éprouve en nous.
Puisse ce carême, et cette eucharistie être
l’occasion de communier à cette joie de Dieu en la partageant largement autour
de nous, en devenant la joie de notre prochain, amen.
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