lundi 16 mars 2015

Homélie du 15-03-2015

B-carême 3
Homélie N-D d'espérance, du 15 mars 2015. par Jacques B

Devenir la joie de son prochain

Intro avant la première lecture:


Quelques fois, un événement tragique, incompréhensible au moment même, peut devenir, après coup, la source d’un enrichissement spirituel inestimable. C’est ce que la première lecture va nous décrire.

Nous ici en occident, nous tremblons à l'idée que notre civilisation européenne soit progressivement dissoute par l’abandon des valeurs chrétiennes ou l'influence d’autres traditions, voire d’autres religions comme l'islam par exemple.
Et bien le peuple d’Israël a vécu cette expérience. En 598 av J-C, le terrible roi babylonien Nabuchodonosor veut détruire une fois pour toutes les derniers royaumes indépendants de l'ouest de son empire, et en 586 la ville de Jérusalem fut détruite et sa population déportée à Babylone.
Mais, alors que l’histoire du peuple saint semblait définitivement conclue, un nouveau roi de l’Empire perse qui s’appelle Cyrus va, contre toute attente, libérer les peuples vaincus et permettre aux juifs de revenir et de reconstruire Jérusalem.
Nous verrons en quoi cet événement fut la source d’une découverte majeure de la foi juive, et donc de notre foi chrétienne.

Homélie :
Lorsque le peuple juif apprend que le roi Cyrus les autorise à rentrer à Jérusalem et à reconstruire leur nation, il découvre que leur Dieu, leur seul et unique Dieu, n’est pas le leur. Que le Dieu unique est le seul Dieu pour toute l’humanité.
Et donc, que la dimension pleinement universelle de la foi monothéiste n'apparaît que suite à la relecture de cette destruction, déportation et finalement retour à Jérusalem. Si le roi Cyrus, ce païen, a pu être le serviteur du Dieu d’Israël, alors le Dieu d’Israël est le Dieu unique de toutes les nations. Alors il n’y a qu’un seul Dieu pour toute l’humanité !
Il a donc fallu, cet événement tragique, pour que la foi juive devienne porteuse d’une révélation universelle.
Ce caractère universel de la foi juive va encore prendre une nouvelle dimension par l’enseignement de Jésus, qui apparaît clairement dans le magnifique évangile de ce jour qui commence comme suit :

 De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert,
ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé,
afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.


Nous nous souvenons que lors du retour d’Égypte, le peuple doutant des promesses de Dieu finit par se décourager. Ils marchaient la tête basse, les yeux tournés vers la terre, angoissés par les morsures de serpents. Et Dieu demanda à Moïse de sculpter un serpent de bronze élevé sur un bâton. Quiconque lèvera les yeux vers ce caducée sera sauvé du venin des morsures de serpents, et dès lors le peuple reprendra confiance, et finira par trouver le pays que Dieu leur avait donné.
De la même façon, l’image de Jésus, élevé sur le bois de la croix devient pour nous chrétiens une source de salut, car il nous rappelle jusqu'où le Seigneur nous a aimés, la croix est le signe, l’espérance et l'étendard de notre foi.

Car, poursuit l’évangile, Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique,

Alors que l’homme se désolidarise de son semblable, on se souvient de cette célèbre question de Caïn dans le livre de la genèse “suis-je le gardien de mon frère?”.
Dieu, lui, choisit de venir partager, et même de venir communier à notre condition humaine. Dieu choisit de se rendre solidaire de chacun et chacune, de vivre avec nous tous les aléas de notre vie quotidienne : nos victoires, mais aussi nos défaites.
Et quel que soit notre dignité pour bénéficier d’un tel don, Il ne laissera personne sur le bord du chemin, il ne se détournera jamais de qui que ce soit. Et cette action de Dieu n’est justifiée que par l’amour. Et pour prouver son amour, il se donne à travers son fils, comme autrefois Abraham avait accepté de donner le sien.
L’évangile poursuit :
afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,
mais obtienne la vie éternelle.

Car le mouvement initial de notre foi, le premier élan c’est l’annonce de la Résurrection. Cette Résurrection que nous allons célébrer bientôt à Pâques de façon solennelle, ce n’est pas un bien propre que Dieu s’est réservé, au contraire, Dieu nous a créés pour la vie, et pour la vie en surabondance. Croire en la Résurrection, c’est se libérer de l’esclavage de la mort et du péché. Croire en la Résurrection, c’est donner sens à notre existence, car notre cœur aspire à une vie qui ne se limite pas aux contraintes de notre existence terrestre.

Et pour conclure, une dernière phrase de l’évangile :
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde,
non pas pour juger le monde,
mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

Le voilà le secret de l’intention de Dieu, la voilà la bonne nouvelle que nous pouvons répandre autour de nous : Dieu ne veut pas nous juger, nous imposer des contraintes morales inhumaines, il veut nous sauver, nous faire inlassablement grandir dans ce qui est pour nous le plus important; apprendre à nous aimer -toujours davantage- les uns les autres.
Vouloir nous sauver plutôt que nous juger, c’est l’immense différence d’attitude de quelqu’un qui aime. Celui qui nous aime ne nous juge pas, il nous aide. Celui qui nous aime ne perd jamais espoir en nous, sans cesse il voudra nous relever. Celui qui aime ne regarde pas à se protéger lui-même, il n’est même pas regardant à sa propre vie ; “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime” et Dieu aime infiniment toute l’humanité sans exception.

Pour nous qui prenons conscience d’un tel acte d’amour, comment ne pas lui rendre grâce ?
Comment pourrions-nous ne pas être profondément touchés par ce Dieu qui est prêt à renoncer à ses privilèges, à son pouvoir pour nous offrir de devenir son fils, sa fille bien-aimée ?

Ce dimanche du milieu de notre carême est traditionnellement celui où nous célébrons la joie, mais de quelle joie parlons-nous ? Nous parlons d’abord de la joie de Dieu qu’il trouve en son fils Jésus, et à travers lui, la joie que Dieu éprouve en nous.

Puisse ce carême, et cette eucharistie être l’occasion de communier à cette joie de Dieu en la partageant largement autour de nous, en devenant la joie de notre prochain, amen.

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